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Cornavin à une heure diplomatique cruciale Featured

July 31st, 1935
Pascal Praplan

1935, année de ballets diplomatiques effrénés… Pierre Laval, alors ministre des Affaires étrangères français, est sur tous les fronts. Malgré la crise économique et les soubresauts politiques qui secouent l’Hexagone, celui qui prendra également la présidence du Conseil des ministres français en mai multiplie les voyages : Rome, Moscou, Cracovie, Berlin… et tout naturellement Genève et sa Société des Nations (SdN) où il vient à plusieurs reprises.

L'Inédit-archives du magazine de notreHistoire.ch
Arrivée de Pierre Laval à Cornavin
July 31st, 1935
Arrivée de Pierre Laval à Cornavin

En ce 31 juillet 1935, M. Laval arrive à Cornavin par le train de nuit de Paris en compagnie d’Anthony Eden, ministre britannique chargé des affaires de la SdN. La session du Conseil de la Société qui s’ouvre est cruciale : l'Italien Benito Mussolini se prépare activement à attaquer l’Abyssinie (Éthiopie), seul pays africain indépendant, également membre de la SdN. Ce serait là un désaveu complet pour la Société des Nations dont le but premier est de « garantir la paix et la sécurité » entre les pays membres(1). Le contexte politique pèse sur les discussions. Hitler vient de violer les clauses militaires du traité de Versailles en réintroduisant la conscription militaire, le réarmement de l’Allemagne inquiète, tout comme ses ambitions européennes. La France et le Royaume-Uni «ont pour priorité de ne pas s’aliéner l’Italie afin d’éviter une coalition entre Berlin et Rome.» (2)

Avenir de la Société des Nations en jeu

Pourtant, en ce début août 1935, les diplomaties britanniques et françaises divergent sur la marche à suivre lors de cette session genevoise qui traite de l’incident frontalier de Ual Ual (ou Welwel) (3) de décembre 1934 en Éthiopie, incident que l’Italie utilise comme prétexte dans ses démarches impérialistes et belliqueuses. Pierre Laval souhaite le retour à l’arbitrage entre les deux parties. Anthony Eden, lui, souhaite que le fond du problème, notamment les disputes frontalières qu’entretient l’Italie entre ses territoires somaliens et l’Éthiopie, soit abordé.

Il s’agit ni plus ni moins « pour la SdN de son avenir, souligne ce jour-là la presse locale. Presque toutes les solutions possibles au conflit italo-éthiopien sont dangereuses pour Genève, et quelques-unes désastreuses.»(4) L’Italie menace en effet de quitter la Société des nations si celle-ci ne limite pas ses travaux aux responsabilités de l’incident de Ual Ual – que l’Éthiopie et l’Italie se renvoient.

Course contre la montre

De son côté, l’Angleterre redoute à juste titre que le recours à la Commission d’arbitrage ne repousse toute solution après la fin de la saison des pluies en Éthiopie, pluies qui freinent encore une prévisible offensive italienne… Las, « la bataille qui se livrera autour du tapis bleu et plus encore sans doute dans les hôtels de notre ville » (5) tournera à l’avantage de la temporisation, autrement dit de la reprise des travaux de la Commission d’arbitrage.

Pierre Laval passera encore à plusieurs reprises par Cornavin. Il refera le voyage de Paris à Genève avec Anthony Eden dans la nuit du 2 au 3 septembre – arrivant le jour même où la Commission italo-éthiopienne de conciliation et d’arbitrage rend un rapport édifiant de… neutralité (6). Celui-ci conclut que pour l’incident de Ual Ual, « aucune responsabilité ne saurait être imputée […] au Gouvernement italien ni à ses agents sur les lieux, tandis qu’ « il n’est pas démontré que [les autorités locales éthiopiennes] puissent être rendues responsables du chef précis de l’incident du 5 décembre. »

Un mois plus tard, le 3 octobre 1935, les troupes italiennes préparées de longue date pénètrent en masse en Éthiopie, déclenchant la seconde guerre italo-éthiopienne dont le bilan humain reste difficile à établir, bien que l’on estime que « le nombre des victimes éthiopiennes dépasse largement les 100'000 morts » (7)… Quant à la Société des Nations, comme le prévoyait le Journal de Genève, elle ressort de cette année 1935 avec un avenir méchamment assombri.

  1. ungeneva.org/fr/covenant-lon
  2. Laurence Jolly, La crise éthiopienne (1933-1936), Université de Toulouse, septembre 2012, p. 90. (academia.edu/12070431/La_crise...)
  3. Accrochage frontalier italo-éthiopien dans l’Ogaden des 5 et 6 décembre 1934 qui fit 130 morts du côté éthiopien et 30 du côté italien.
  4. Journal de Genève du 1er août 1935, p. 1.
  5. Ibid.
  6. On trouvera ce rapport sous legal.un.org/riaa/cases/vol_II...
  7. francetvinfo.fr/monde/afrique/...
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Pascal Praplan
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Apr 19th, 2023
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