Impromptu éthiopien à la SdN et au BIT
Apparemment, personne ne s’y attendait. Le rās Tafari (1), prince héritier d’Éthiopie et futur Haïlé Sélassié, effectue en cette année 1924 un long voyage en Europe. Il est encore à Paris lorsque « subitement, par un coup de téléphone donné le jeudi dans la soirée » (2), on fait savoir à Genève son désir de rendre visite à la Société des Nations (SdN) et au Bureau international de travail (BIT) le lendemain, le vendredi 8 août.
Branle-bas de combat dans les deux institutions. On appelle le jardinier qui garnit en toute hâte couloirs et salles de plantes vertes, on déroule les tapis, on fait faire un grand drapeau éthiopien, vert, jaune et rouge que l’on étend au-dessus de la porte d’entrée. Il s’agit de « remettre les choses à peu près dans l’état où elles étaient pour la réception des souverains roumains » (3) – qui avaient effectué une visite officielle à Genève trois mois plus tôt.
Personnel féminin « admis »
Le moment de l’année n’est pas très bien choisi, le siège de la SdN – dont l’Éthiopie est membre depuis un an – est déserté de ses délégués, en vacances(4). Le secrétaire général Eric Drummond est absent, remplacé par son secrétaire adjoint Joseph Avenol… Rompant avec le protocole, le personnel féminin est « admis » dans la salle de réception, donnant à cette dernière « une apparence moins lourdement solennelle, moins empesée que ce ne fut le cas pour les souverains roumains. » (5)
Sans tarder, Le rās gagne ensuite le BIT où là encore, directeur et directeur adjoint sont absents. Il y est accueilli par le chef de la division diplomatique (6) , avant que de signer le livre d’or du BIT « avec ses noms et titres écrits en amharique, véritable petite œuvre d’art d’apparence hiéroglyphique, que le Bureau du Travail va conserver pieusement. » (7)
Encrier monumental
Le rās Tafari va repartir aussi vite qu’il était venu, puisqu’il n’aura passé qu’un peu plus de cinq heures à Genève avant de reprendre l’express pour Berne. Mais il semble avoir été « enchanté de son trop court séjour » (8) au bout du lac : cinq jours après son départ, la SdN reçoit « un monumental et original encrier du plus curieux effet. Il est formé d’un plateau de bronze, que soutiennent des cornes de rhinocéros »(9)…
Photo de couverture: Frank Henri Jullien (1882-1938), Bibliothèque de Genève
- On trouve, dans les archives, deux orthographes pour le nom du prince, Tafari et Taffari. Rās est un titre de haute noblesse.
- Gazette de Lausanne, du 9 août 1924, p. 4.
- Ibid.
- Boris Monin, « Le voyage du rās Tafari en Europe (1924) : entre espoirs d’indépendance et réalités coloniales », in Annales éthiopiennes, Persée 2013, p. 103 (persee.fr/doc/ethio_0066-2127_...).
- Gazette de Lausanne, idem.
- Journal de Genève du 9 août 1924, p. 3
- Gazette de Lausanne, idem.
- Journal de Genève, idem
- Gazette de Lausanne, du 13 ao^$ut 1924, p. 2.
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